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noursnours : son univers...

Tout le monde est d'accord pour critiquer la pensée unique. (gustave parking)

JR Noursnours

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Pour certains, croiser un chat noir porte malheur, surtout à minuit. Et lorsqu'il vient de la gauche, c'est encore pire. Si, desurcroît, il s'agit d'un soir de pleine lune, il n'y a pas de doute le démon est là. Mais aussi, qu'est-ce que vous foutez dehors à minuit un soir de pleine lune en rase campagne??
December 14

Indignation

     J'en parle tellement peu que je me suis vu dans l'obligation de me créer une rubrique "Cinéma"! Mais je ne peux contenir ce cri qui sourd en moi...
L'objet dont je veux vous entretenir n'est pas si récent que ça (il y a deux ans qu'il est sorti, si je ne m'abuse), mais je viens tout juste de le visionner. Je veux vous parler d'un monument cinématographique : Garfield, le film.
 
Rien que le titre, déjà ça fait peur.
 
     Je suis un grand admirateur de Garfield, mais plutôt des strips originaux de Jim Davis que de ses produits dérivés. Adulateur de chat de profession, je trouve que Garfield en est une caricature (quoique pas toujours, il faut dire) très bien brossée. Cynique, ventru, fainéant comme (un chat?) pas deux, gourmand, sournois, exécrant les chiens, câlin quand il le veut, exploiteur patenté de la personne chez qui il vit (un certain Jon Arbuckle, en l'occurrence) et j'en passe, bref : tout ce que j'aime chez un chat! (excepté la démarche féline, qui lui fait souvent défaut). Ses traits d'esprits me font rire aux éclats, les situations que tout possesseur de chat aura reconnu sont très bien mises en scène et les aléas rencontrés à longueur de journée par la gent féline ne nous ont jamais paru aussi familiers...
 
Cette introduction était nécessaire pour que vous, ami lecteur, compreniez mon courroux.
 
     Lorsque la nouvelle d'un film à l'effigie de mon animal favori s'est profilé à l'horizon, j'ai immédiatement émis des réserves (je me méfie des adaptations de bandes dessinées, a fortiori si je les aime bien à l'origine) mais n'étais pas contre le principe de voir ce que cela pourrait donner.
 Puis j'ai appris que le personnage avait été complètement dénaturé, et ça m'a fichu un choc. Mais bon, l'animation n'avait pas l'air trop moche, l'acteur qui incarne Jon est vraiment bien choisi, et bien sûr Liz se voit interprétée par une fort jolie actrice (attention : je n'ai pas dit qu'elle avait du talent!). Au final, cette adaptation était destinée aux enfants et, excusez-moi, mais je ne pense pas que Garfield soit accessible aux enfants. De par sa subtilité (si, il y en a) et la méchanceté dont fait preuve le personnage principal (le chat), il faut à mon avis attendre de grandir un peu pour apprécier pleinement notre animal à poil roux de quinze kilos.
     J'ai eu l'occasion de voir ce film suite à un concours de circonstances. Tout bête, en plus. C'est juste que je ne savais pas quoi regarder. J'ai donc décidé (sur un coup de tête, je sais pas je devais être bourré) de me procurer cette oeuvre cinématographique incontournable qu'est Garfield : le film, afin de me rendre compte par moi-même du degré d'affliction auquel je pouvais me laisser aller.
 
Eh ben j'ai pas été déçu côté affliction.
 
  1. Il commence comme n'importe quelle comédie américaine de base, genre il fait beau, la caméra descend sur une baraque de résidence pavillonnaire comme on ne trouve que là-bas (et on te fait croire qu'elle est habitée par un smicard), il fait beau les oiseaux chante et le générique n'est pas terminé. Ici rien à redire : travail soigné.
  2. Jon Arbuckle est indéniablement Jon Arbuckle. Le faciès, la physionomie entière de cet acteur est sensationnellement bien adaptée à la personnalité de Jon. Bravo pour le casting.
  3. Garfield est une boule de poil orange en images de synthèse, assez bien réussie il faut avouer. (J'ouvre une parenthèse à ce propos. Soit ils n'ont pas cherché à innover, ou n'ont pas voulu payer les animateurs trop chers, soit en deux ans les technologies en matière d'images de synthèse ont considérablement évolué!).
  4. Odie est un chien. Et c'est dommage.
  5. Nermal est un chat. C'est dommage aussi.
  6. Et Jennifer L. Hewitt (la fille du réalisateur? soupçon à approfondir...) joue admirablement bien la vétérinaire au sourire bright. Je lui trouve même un air de blonde attitude qui ne correspond pas du tout au personnage de Liz.
 
     Garfield est le premier personnage que l'on voit, avec Jon. Jusque-là pas de surprise : Garfield en animation c'est obligé, et Jon joue très bien : on n'a même pas l'impression (enfin pas trop) qu'il parle à du vide. (certaines mauvaises langue diront qu'il a le même jeu avec la vétérinaire, et elles n'auront certainement pas tort). Et puis on se rend compe, au fur et à mesure de l'avancée du film, que l'animation comporte quelques bugs. J'entends par là que l'image a été incrustée sans prendre énormément soin de l'environnement dans lequel le personnage est censé évolué. Cela reste du boulot, je le reconnais. Mais je m'attendais à mieux, même dans un film pour les chiards. (j'ai peut-être trop vu de Pixar?)
Et, soudain, Odie entre en scène. Je ne l'avais pas reconnu! Autre erreur : Pourquoi Garfield est-il le seul personnage animé du film? Tout ça parce que le film en question porte son nom? Quoi qu'il en soit, je trouve que cela dénote beaucoup trop.
Un autre aspect horripilant : Garfield n'est pas si méchant que ça, au final (ce qui montre bien que la BD n'est pas pour les enfants, CQFD). Et Odie, même s'il paraît bien sot, ne l'est pas tant qu'il devrait être. Ne parlons même pas de Nermal, qui ne sert absolument à rien. (et puis pourquoi un siamois, d'abord? Nermal n'a rien d'un siamois, à part sa "personnalité", enfin sa "félinité").
Passons maintenant au crible les acteurs du genre humain. Le monsieur pas-assez-connu-pour-que-je-retienne-son-nom qui joue Jon joue très bien. C'est un fait. L'ennui, c'est que son personnage n'est PAS Jon. Pas assez niais, pas assez maladroit, pas assez loser. Et Liz! Mais ce n'est pas Liz! Le personnage de la BD est froid, regarde Jon comme s'il était une chaussette dont la date limite de fraîcheur était largement dépassée, ne sourit pas, ne s'habille pas pour se mettre en valeur et ne cherche pas le moins du monde à être désirable. Or le personnage incarné par Jennifer L. Hewitt fait tout le contraire. Elle s'avère même entreprenante! C'est pour dire. Elle a rien compris au délire.
 
Le comique des strips est également généré par les nombreuses ellipses. En trois ou sept cases, il n'y a matériellement pas la place pour insérer un plan-séquence qui permettrait de montrer une action dans son ensemble. Au début du film nous voyons Garfield éteindre le réveil (doucement!!! sans l'écraser d'un coup de poing! hérésie...) s'étirer, sauter à bas de son lit pour sauter sur celui de Jon (deux actions qui demandent de l'effort!!!), ne pas parvenir à le réveiller, redescendre du lit de Jon, traverser la chambre, sauter sur un meuble, sur un autre meuble plus haut, pour enfin bondir et aterrir sur le ventre de Jon. Tout ça! C'est la première scène avec personnages et je suis déjà épuisé. Pas tant que Garfield, me direz-vous : il ne s'arrête pas! Il passe son temps à courir, sauter, danser, aller d'un point à un autre... Pire : il s'acoquine avec un chien. Il va même jusqu'à déplacer des montagnes pour chercher à le sauver des griffes du méchant! AAAAAArrrghhh!!!!!!!!
Les dialogues ne sont pas fins non plus. Je veux bien que ce soit pour des mômes mais quand même!!! Garfield a heureusement quelques bonnes répliques (il n'aurait plus manqué que ça!)... Mais globalement, il n'y a que lui qui parle! Le problème? Il n'y en aurait pas eu si Garfield avait été Garfield. Mais ce Garfield-ci est assez horripilant. Les dialogues des acteurs humains sont vides (qui a dit "et y'a pas que les dialogues!"?), et l'intrigue n'a d'autre utilité que d'aligner des images insipides les unes derrière les autres.
Le pire de tout, je crois, sont les chansons. Garfield est triste (!) d'avoir été détrôné par un chien (on le serait à moins, me direz-vous) et d'être par conséquent obligé de dormir dehors. Odie, compatissant, cherche à le consoler, mais Garfield joue les romantiques (au sens littéraire du terme) et préfère rester seul et dormir sur le paillasson. En outre, Jon préfère Odie à Garfield dans un premier temps (bon, on le comprend, pour les beaux yeux de Liz...) et délaisse ce dernier. Mais il en est hors de question! Surtout que, dans mon souvenir, je n'ai jamais vu Odie chez la vétérinaire...
 
 En conclusion, je dirais que le mot qui me vient le plus rapidement est inepte. Le second, presque ex aequo : insipide. Ca manque de sel et on reste sur sa faim, pour filer la métaphore culinaire.
 
 
Pour ne pas finir en ne disant que du mal de cette oeuvre (au sens d'ouvrage) cinématographique, je vous conseille une chose : regardez-le en québécois. C'est ce qui m'a aidé à tenir. Rien que l'accent est suffisamment poilant pour ne pas décrocher!
 
 
Question ouverte à tous ceux qui voudraient y répondre : si ce film a été fait pour ne pas froisser les enfants quant aux relations chat-chien, pourquoi ne pas avoir adapté Snoopy? Il n'y a pas de chat dans Snoopy, il n'y a qu'un oiseau, et en plus on comprend rien quand il communique.
 
     Honte au réalisateur. Vous avez dénaturé le personnage de Garfield plus qu'il n'était permis, et c'est avec un sentiment mitigé que je replonge le nez dans mes volumes reliés : comment vous, monsieur Davis, avez-vous pu laisser faire ça? On vous a menacé? Avec une arme à feu? On a enlevé votre famille? On a torturé vos gosses? Ou, pire, vous en avez eu un? A moins qu'on ne vous ait payé très cher... Toujours est-il que vous avez baissé de quelques degrés dans mon estime. Mais rassurez-vous : je suis un être affable, je vous pardonne. L'appât du gain, je me doute de ce que cela doit être, et même un artiste peut être corrompu.
 
 
PS : J'attendrai avant de visionner Garfield 2 : A tail of two kitties...
December 13

Desproges!

 
 
   C'est la classe américaine! Je reçois des commentaires de personnes que je connais même pô!
Aaah, la magie d'Internet!...
 
   En plus j'assure pas une cacahuète (ça s'écrit comme ça?), il est déjà décembre, Noël approche, j'ai pas fait mes courses*, mon studio est en bordel, j'ai pas demandé à venir au monde et, pire que tout : il y a tellement longtemps que je n'ai rien écrit sur ces pages!!!!!!!!
Mais... le mal est réparé!***
 
L'idée de cet article mûrit en moi depuis quelques jours déjà. En effet, mon père m'a parlé d'un texte de Desproges qu'il avait entendu à la radio (et pas sur Rire & Chansons, mauvaises langues de vipère vénéneuse que vous êtes) et qu'il recherchait depuis. Il fut fort étonné que je lui pose sous le nez son fameux Vivons heureux en attendant la mort qui m'appartient, mais, ô malheur, le texte tant convoité ne s'y trouve pas. Après quelques recherches googlesques il finit pourtant enfin par trouver. Il s'agissait du texte intitulé Rupture, daté du 18 juin 1986, et faisant partie des Chroniques de la haine ordinaire. Vous connaissez sûrement les humeurs dont monsieur Pierre Desproges abreuvait quotidiennement l'émission de France Inter. Consacré objet de recherche, je vous livre le texte tel quel, quitte à me faire des ennemis. Mais tant pis, j'ai la foi : j'assume!
 
Rupture.
 
  Je viens de rompre avec Dieu.
  Je ne l'aime plus.
  En amour on est toujours deux. Un qui s'emmerde et un qui est malheureux. Depuis quelque temps, Dieu me semblait malheureux.
  Alors j'ai rompu.
  Et puis je m'entendais mal avec sa famille. Je trouvais que le fils, surtout, avait mauvais genre. Je ne pense pas être bégueule mais ce côté m'as-tu-vu-sur-ma-croix-dans-mes-nouveaux-Pampers j'ai toujours pensé que cela avait desservi le prestige de l'Eglise. Et contribué, pour une large part, à l'abandon de l'habit sacerdotal traditionnel au profit de la soutane rase-bonbons chez les prêtres intégristes bisexuel.
  J'ai posté hier soir ma lettre de rupture.
Cher Dieu,
Ne m'attends pas dimanche. Je ne viendrai pas. Je ne viendrai plus jamais le dimanche. Ni les autres jours, ni les autres nuits.
Dieu, mon grand, mon très grand, mon très haut, je ne t'aime plus.
J'ai tous les torts. depuis le début de notre liaison je t'ai trompé cent fois en cent lieux de bassesses peuplés de salopes en cuir et d'intorchables marins rouges qui me collaient à leur sueur en salissant ton nom.
Pourtant je t'ai aimé. dès les premier jour.
Mais aujourd'hui, mon Dieu, je ne t'aime plus. Je t'en prie, oublie-moi. Je suis un grain de sable, et d'autres hommes t'aimeront que tu sauras aimer aux quatre coins du monde, de Beyrouth à Moscou et de Gdansk à Santiago.
Ah! Dieu! Pardonne-moi mes offenses, mais laisse-moi succomber à la tentation, donne-moi aujourd'hui mon péché quotidien et délivre-moi du bien.
Ainsi soit-il.
Veuillez croire, moi pas.
Pierre.
 
 
Et en feuilletant les quelques textes imprimés par erreur (eh oui, mon paternel ne s'en sort pas encore parfaitement avec les nouvelles technologies : croyant n'imprimer qu'une page, tout le site est venu), ej suis tombé sur celui-ci, daté du 10 mars 1986 (ceux qui ont déjà trouvé le titre sont vraiment très forts. Félicitations à eux aussi) : L'humanité. Une fois lu, puis relu, je me suis dit qu'il fallait qu'il figure sur le présent espace. Et si ça ne plante pas, il le sera d'ici quelques petites minutes! Je vous le livre.
 
J'aime beaucoup l'humanité.
Je ne parle pas du bulletin de l'amicale de la lutte finale et des casquettes Ricard réunies.
Je veux dire le genre humain.
A bien y réfléchir, on peut diviser l'humanité en quatre grandes catégories.
  1. Les amis se comptent sur le doigt d'une main. La caractéristique principale d'un ami est sa capacité à vous décevoir. Certes, on peut être légèrement déçu par la gauche ou par les performances de l'AS Saint-Etienne, mais la déception profonde, la vraie, celle qui peut vous faire oublier le goût des grands Saint-Emilion, ne peut venir que d'un véritable ami.
  2. Les amis se comptent sur les doigts de la déesse Vishnou qui pouvait faire la vaisselle en applaudissant le crépuscule. Il règne entre les bons copains une complicité de tireurs de sonnettes qu'entretient parfois l'expérience du frisson.
  3. Les relations se comptent sur les doigts des choeurs de l'Armée Rouge. quand on n'a pas de glaïeuls, certaines relations peuvent faire très joli dans les soirées mondaines, à condition qu'elles soient célèbres ou stigmatisées de la Légion d'Honneur.
  4. Les gens qu'on connaît pas, les doigts nous manquent pour les compter. D'ailleurs, ils ne comptent pas. Il peut bien s'en massacrer, s'en engloutir, s'en génocider des mille et des cents chaque jour, il peut bien s'en tronçonner des wagons entiers, les gens qu'on connaît pas, on s'en fout.
Le jour du récent tremblement de terre de Mexico, le gamn de mon charcutier s'est coupé un auriculaire en jouant avec la machine à jambon. quand cet estimable commerçant évoque aujourd'hui cette date, que croyez-vous qu'il lui en reste? Etait-ce le jour de la mort de milliers d'inconnus? Ou bien était-ce le jour du petit doigt?
 
_________________________________________
 
*même pas pour le 19!** Mais chhhhhut... ^^
 
** Private joke. Vous pouvez pas comprendre.
 
*** Ceux qui ont vu ici une référence à un dessin animé sont très forts. Félicitations.
November 27

Histoires à dormir sans vous

 
 
   Je suis actuellement en train de lire Histoires à dormir sans vous, de Jacques Sternberg. Je ne connaissais pas cet auteur, je l'ai découvert totalement par hasard dans une brocante de livres et, voyez-vous, je ne suis pas déçu!
 
Pour la peine je vous fais par d'une des petites nouvelles de ce recueil...
 
 
L'approche
 
     - Vous m'aimez donc vraiment? lui demanda-t-il.
     Elle hésita avant de répondre.
     Elle se maria avec un autre, eut un enfant, se lassa, divorça. Ensuite, elle se tourna vers lui.
     - Oui, répondit-elle, pourquoi?
 
 
Et comme elle est vraiment courte, je vous en offre une autre. Je suis d'humeur généreuse, ce soir^^
 
 
L'absence
 
     Il y avait trois ans que la femme toujours aimée lui avait été enlevée par la mort. Il ne s'en remettait pas. D'autant plus amer que sa situation matérielle n'avait jamais été aussi florissante.
     Il en arriva à larguer peu à peu, mais implacablement, toute envie de vivre et décida d'en finir en se jetant par la fenêtre de son appartement grand standing. Sans doute aurait-il choisi un autre moyen de suicide s'il n'avait pas habité si haut : 42ème étage d'une élégante tour de verre et d'acier.
     Il était 8 heures du matin quand il plongea dans le vide après avoir enjambé son balcon.
     C'est en passant devant une vaste baie vitrée du 30ème étage qu'il capta la vision magique d'une fragile et tendre blonde qui s'habillait pour aller au bureau. Et il sentit, en flash, la silencieuse explosion d'une fulgurante certitude : celle d'avoir croisé l'autre femme de sa vie.
 
 
D'où le problème lorsqu'on se suicide par défenestration. Arrivé au quatrième ou au troisième étage, généralement on n'a plus envie de mourir ; mais on mourra tout de même. C'est pourquoi je préfèrerai quelque chose de plus rapide, de plus violent. Mais la question n'est pas là. Au quatrième de couverture on peut lire ceci : "Sternberg, singulièrement, plus il écrit bref, plus il en dit long." Les femmes sont le sujet de prédilection de cet ouvrage, à l'encontre de ceux plus volontiers traités par l'auteur, et "apparaissent ici en pleine gloire". La citation mise en exergue au début du livre illustre bien sa tonalité :
"Si je préfère les femmes aux hommes, c'est parce qu'elles ont sur eux l'avantage d'être plus déséquilibrées, donc plus compliquées, plus perspicaces et plus cyniques, sans compter cette supériorité mystérieuse que confère un esclavage millénaire."
E.M. Cioran, Aveux et anathèmes, 1987
 
 
Pour vous offrir le dessert, je vous livre la plus courte des 80 nouvelles du recueil :
 
 
 
La courtoisie
 
     Elle avait reçu une excellente éducation et le savoir-vivre lui était naturel.
     Quand, lasse de tout, elle se jeta dans le vide du haut du septième étage, elle eut le tact de refermer la fenêtre derrière elle pour ne pas faire de courant d'air dans la pièce où son mari lisait son journal.
 
 
copyright Jacques Sternberg - Histoires à dormir sans vous ; Denoël, 1990.
November 26

Tiens, un billet inutile!

 
 
     Bon, je vois que mes chansons n'inspirent pas grand-monde... Si ça continue je n'en mettrai plus!
 
     Ah, ne dites rien, j'ai compris. Pour la prochaine, j'essaierai de choisir des thèmes plus universaux, voire plus enjoués. Genre les fleurs, le soleil, la poussière sur les cailloux et les petits oiseaux cuicui. Je prends en compte. Comme dirait l'autre, j'entends ceux qui me laissent des commentaires, mais j'entends aussi ceux qui ne m'en laissent pas. A croire qu'il a fait des études. Enfin bref, on n'est pas là pour discuter politique.
 
 
    Ma liste de "Livres en cours" est difficile à tenir à jour, étant donné que j'ai un rythme de lecture assez spasmodique. Je peux rester trois semaines (voire plus!) sur un seul et unique bouquin, tout comme je peux m'en enfiler cinq en deux jours (ne vous affolez pas de ce chiffre : je le concède, il y a des mangas dans le tas^^). Par exemple, rien qu'aujourd'hui, j'ai lu deux Hideshi Hino (Panorama de l'Enfer et Serpent Rouge) et j'ai fini Helmet Boy, de Mark Maggiori (les fans de Pleymo connaissent ce nom : je leur passe le bonsoir^^)! Hier j'ai lu deux Vian : Elles se rendent pas comptent, et J'irai cracher sur vos tombes. Bien entendu des chefs-d'oeuvres, pour un admirateur comme moi...
 
Hein?
...
Quoi?
...
Non, parlez plus fort, je n'entends pas.
Aaah, mon mémoire? Les différents projets qu'on a à réaliser en groupe? Mmmh... Eh bien, comment dire... Pour ne froisser personne, je dirai que je laisse les idées mûrir, je peaufine mentalement mes divers travaux.
     Il faudrait également que j'apprenne mon texte, pour le court-métrage que nous allons tourner. Maintenant que nous tenons bien en main notre histoire, je peux vous la conter! Je sais que vous en mourez d'envie. Non, ne le niez pas, je le lis sur votre visage.
Alors voilà.
(euh, je vous présente peut-être le projet d'abord, non? J'en vois parmi vous des qui n'ont pas l'air au courant de quoi que je cause. D'où cette parenthèse.
     Nos cours d'anglais se font en partenariat avec la NYU (prononcez [ènwaïyou], abréviation de New-York University, mais "in France", of course). Et le projet est de se mettre par groupes de 6 (dont les membres sont tirés au sort par la main innocente de notre chèèèèère professeure), dont la moitié est américaine, l'autre française (si vous comptez bien, ça donne un nombre entier). Chaque équipe a pour prétexte de collaboration la réalisation d'un court-métrage, dont elle choisit la teneur (et en tenant bien sûr compte de l'avis de nos cheeeers professeurs). Le thème est aussi libre qu'un pinson sur une branche un mois de mai, mais il est exigé de respecter des règles strictes : ne pas faire durer le film plus de 5 minutes (7 au grrrrand maximum), et que chacun parle la langue de l'autre. (J'ouvre une parenthèse dans la parenthèse (Harpie, tu suis?^^) pour apporter une petite précision. Nous avons visionné les réalisations des promos précédentes et, certes des idées étaient sincèrement bonnes, des acteurs étaient vraiment bons. Mais trop souvent la solution de facilité avait été préférée, à savoir les Américains jouant les Français, et inversement. Et nous voulions éviter cela le plus possible, estimant que la justification de l'utilisation de la langue étrangère pouvait se faire d'une manière différente. Nous en avons sérieusement discuté avec Roudoudou au tout début, et il avait proposé l'idée suivante (jaillie de son cerveau en ébullition) : une troupe de théâtre composée d'acteurs français, faisant appel à des metteurs en scène américains pour les aider à mettre en place une pièce de Shakespeare. L'utilisation des langues est justifiée, et au final il a réussi à placer son idée dans son groupe, ce qui donne un joyeux bordel. PS : j'ai hâte de voir ce que cela donnera! Fin de la parenthèse dans la parenthèse. (Qui elle-même est dans une parenthèse, mais passons sur ces futiles détails qui ne srvent qu'à embrouiller le lecteur de ce billet, qui doit déjà suffisamment l'être (embrouillé, pas dans une parenthèse, suivez un peu)))
 
     C'est amusant, somme toute! Je m'entends très bien avec mon groupe, je dois dire. Je vous avoue, travailler avec des Américains pur souche ne me tentait pas trop, les préjugés envers "ces gens-là" étant très forts. Mais on finit par s'y faire, et c'est une expérience fort enrichissante que de réaliser un projet en commun avec deux nationalités disposant de cultures assez différentes. Sans rire, mes appréhensions sont tombés avant la fin du premier cours, c'est vous dire.
     Bon, je crois avoir à peu près tout dit, il ne me reste plus qu'à refermer ma parenthèse et à vous raconter notre film)
 
 
     Nous sommes tombés d'accord sur un projet tenant du Vaudeville, mais multiplié par deux. A l'origine (j'insiste sur cette expression, mes collègues me comprendront^^) nous avions eu une idée qui multipliait par dix, mais nos cheeeers professeurs sont intervenus pour gentiment nous casser notre délire et nous montrer que ce ne serait pas réalisable en 5 minutes, l'intrigue étant trop complexe. Ravalons notre rage, camarades, au final ils avaient raison. Nous tenions une idée géniale (toute modestie mise à part), mais il nous aurait fallu une vingtaine de minutes pour en venir à bout. Et vingt minutes, c'est trop long. Nous avons donc remanié notre scénario, en gardant l'idée principale, de façon à le simplifier.
     Frustrés, nous nous disions que plus rien ne serait drôle, mais c'était sans compter sur la participation de 6 cerveaux bouillonnant d'idées toutes plus originales les unes que les autres^^
     Voici donc l'histoire. Régalez-vous. Et s'il y en a qui ont des remarques désobligeantes à faire, qu'ils aillent se faire foutre.
 
     Nous avons un couple d'Américains résidant en France, qui visiblement ne s'entendent plus trop bien. Tout part d'eux. Le mari ne parle que français, voulant s'immerger totalement dans la culture française (et chacun sait que la culture commence par la compréhension de la langue, merci à notre prof de sociologie!). Chacun de son côté s'arrange un rendez-vous via un site de rencontres, dans un café quelconque. Seulement, l'un comme l'autre ignorant les activités de son (sa) conjoint(e), ils se donnent rendez-vous comme par hasard à la même heure dans le même café.
     Nous nous retrouvons donc dans le café. Le mari arrive en premier, retrouvant son  rendez-vous(*) ; la femme arrive peu après, avec le sien. Fond sonore : un guitariste américain éperdu de la serveuse française, qui ne comprend pas un mot d'anglais. (Si vous comptez bien, nous en sommes à 6 personnages : le compte y est. Nous pouvons commencer)
 
Distribution :
Le mari : P. (Américain)
La femme : M. (Française)
Le rendez-vous du mari : E. (Américaine)
Le rendez-vous de la femme : JR, votre serviteur (Français)
La serveuse : A. (Américaine)
Le guitariste : D. (Français)
 
     Ainsi, nous remplissons la part du marché : les Américains parlent français : le mari (qui veut passer pour un Français), le rendez-vous du mari (une charmante actrice parlant français avec un léger accent), et la serveuse (dans un bar français, mieux vaut parler la langue vernaculaire) ; et les Français parlent anglais : la femme (qui revendique le fait d'être américaine), le rendez-vous de la femme (elle n'en peut plus d'avoir un mari qui se borne à parler français, il lui faut un anglophone), et le guitariste (célèbre dans une contrée qui n'est pas la nôtre, ne parle qu'anglais).
     Vous suivez toujours? Je me laisse emporter et ne structure pas énormément. Bah, tant pis pour vous. On continue.
     La première scène se passe en extérieur. Nous voyons le couple mari-femme, P. et M.. Elle apporte une baguette et un sachet provenant d'un MacDo quelconque. Elle tend la baguette à son mari, qui s'offusque qu'elle puisse manger MacDo en France. Elle est énervée de l'entendre parler constamment français, et lui répond froidement que, quelque effort qu'il fasse, il ne pourra jamais passer pour un Français. Ils prétextent ensuite chacun avoir du boulot ; ils sortent leurs laptops(**). L'un s'ouvre sur Excel, l'autre sur Word ; ils se tournent le dos et passent rapidement sur un site de rencontres, afin de poster une annonce.
(ellipse)
     Après l'ellipse, nous nous retrouvons dans le café. D., le guitariste, chante (bien, au début), plus pour la serveuse que pour le public ; cette dernière lui propose un rafraîchissement (en gros, tout ce qui pourrait le faire s'arrêter de chanter). P. (le mari) arrive, reconnaît son rendez-vous, la charmante E. : ils vont s'asseoir. D. continue à chanter, après un petit verre. (Note : il chante presqu'exclusivement des chansons d'amour, en regardant intensément A., la serveuse.)
     La femme et son rendez-vous ne tardent pas : on les voit devant le café, commentant l'endroit.
La caméra repasse à l'intérieur, on voit le mari et son rendez-vous. P. s'invente un métier, prof de muscu, et E. semble particulièrement intéressée et aguicheuse. Elle se dévoile : elle est actrice! Surprise que P. n'ait vu aucun de ses films, elle sort son ordinateur portable pour lui montrer des extraits de son dernier tournage : Ma Tour Eiffel. P., s'imaginant voir un film touristique sur Paris, s'installe tout à côté d'elle.
(n'oubliez pas le guitariste! Il est de plus en plus ridicule à mesure qu'il vide ses verres, apportés par la douce A.)
     Parallèlement, M. et JR (c'est moi) se trouvent au comptoir ; ils discutent. Mais visiblement, JR a l'air assez étrange, un peu weird comme on dit là-bas. Saoulée avant d'avoir bu, M. commande une vodka à la serveuse.
     Puis nous revoyons P., visiblement choqué par la vidéo... L'actrice, très professionnelle, indique que ça, c'est vraiment pas facile. P. s'excuse, bredouille, il doit aller aux toilettes. Mais en se levant, horreur (enfin, façon de parler), il aperçoit M., sa femme. Il se rasseoit, vivement pique le boa de la charmante actrice et se l'enroule autour de la tête. Mine de rien, elle a l'air intéressée;-)
     Entre-temps, M. n'en peut plus avec son rendez-vous. Plusieurs verres vides jonchent la table, et ce n'est pas JR qui les a bu. Elle se lève, finit un dernier verre plus rapidement qu'elle ne devrait et s'en va. JR, toujours aussi weird et persuadé d'avoir une chance, est tout content du moment qu'il vient de passer.
Peu après, P. s'en va aussi, troublé, et souhaitant bonne chance à E. pour "sa carrière".
     JR se lève, toujours content, et voit la charmante E., seule à une table. Persuadé de la connaître, il l'aborde. Ele ne parle pas anglais, mais il l'a vue dans tous ses films et, enthousiaste, lui demande un autographe. JR doublement content de sa soirée^^
     Nous revoyons le guitariste qui annonce solennellement à la serveuse que, un jour, il saura assez de français pour lui déclarer sa flamme. Il se fait virer, parce qu'il chante quand même faux depuis quelques bières. En aparté, la serveuse est soulagée qu'il ne se soit pas rendu compte qu'elle comprenait parfaitement bien l'anglais.
 
 
     En voilà un beau film, n'est-il pas? Bon d'accord, on fait l'apologie du sexe et de la boisson (je vous ai donné une version assez soft, le rendu sera un peu plus explicite^^), mais le principal est de faire rire. Si on réussit réellement à faire ce qu'on souhaite, ce sera quelque chose d'énorme.
 
     Je me rends compte que je me suis peut-être suffisamment répandu pour ce soir. Mes amis (et aussi ceux que je ne connais pas), je vous souhaite une bonne nuit.
 
 
(*)En français dans le texte (NDT)
(**) ordinateurs portables, incultes!
November 20

On

 
Une petite chanson qui me tient particulièrement à coeur, ceux qui savent comprendront aisément pourquoi...
 
     Signée Volo (eh oui, encore eux!) cette petite perle est bouleversifiante de simplicité et de beauté. Peut-être n'est-elle pas accessible à tout le monde, mais la coïncidence est trop importante pour que je passe à côté (voire pour que je prenne ça pour une coïncidence, mais nous discuterons du libre-arbitre une prochaine fois^^). Bref, tout ça pour dire que c'est rigolo quand même à quel point "on" peut se retrouver dans une chanson...
     Modestement intitulée "On", elle est tirée de l'album live Blancs Manteaux à Volo, qui est une pure merveille!
 
 
Nota : mélancoliques invétérés, nostalgiques dépressifs ou coeurs d'artichaut fragiles, passez votre chemin...
 
ON

On n'avait pas prévu
De se revoir aussi tôt
Tu traversais la rue
Je rentrais dans le métro
J'ai tout de suite reconnu
Reconnu ton manteau
T'avais rien de prévu
On a été se prendre un pot
On n'avait pas prévu
De s'embrasser aussi tôt
En fait on n'a rien bu
On s'est roulé des palots
Comme on était foutu
Comme il ne faisait pas beau
Comme on était perdu
Comme on était trop trop chaud
 
On a fait l'amour comme avant
Comme quand on n'avait pas peur
On a fait l'amour comme quand
On se connaissait par coeur
 
On n'avait pas prévu
De se revoir aussi tard
T'as tout de suite reconnu
Reconnu ma guitare
D'abord on n'a pas pu
On n'a pas pu y croire
On était tout ému
On était tout bizarre
Depuis qu'on s'était vu
Y'en a eu des histoires
Toute une vie de vécue
Des problèmes de mémoire
Ce coup-là on a bu
On a bu jusqu'au soir
On s'est pas retenu
On s'est pas dit au revoir
 
On a fait l'amour comme avant
Comme quand on n'avait pas peur
On a fait l'amour comme quand
On se connaissait par coeur
 
On a fait l'amour comme avant
Comme quand on n'avait pas peur
On a fait l'amour comme quand
On se connaissait par coeur
 
Volo - On - Blancs Manteaux à Volo

Edgar Poe

 
 
     Le vrai est qu'il est aussi impossible de concevoir l'esprit
que d'imaginer ce qui n'est pas.
 
 
 
 
 
Et c'est signé Monsieur Edgar Allan Poe.
 
Du même auteur, et c'est rassurant :
 
 
 
 
 
On a remarqué que tous les fous étaient philosophes
et que tous les philosophes étaient fous.

Y'a une fille qu'habite chez moi!

 
     Ordinairement, je dirais poliment que Benabar n'est pas ma tasse de thé, musicalement parlant. Mais je dois avouer que j'aime beaucoup cette chanson-ci! La musique n'est pas géniale (à mon goût) mais le texte est bien rigolo.
 
A ceux qui ne la connaissent pas, je vous laisse le loisir de découvrir ses paroles...
 
 
Y'a une fille qui habite chez moi
 
Plusieurs indices m'ont mis la puce à l'oreille
J'ouvre l'oeil
J'vais faire une enquète pour en avoir le coeur net
Ca m'inquiète
 
Y'a des détails qui trompent pas
 
Les draps, la couette et la taie d'oreiller
Sont plus dépareillés
A coté de mes fringues en boule
Y'a des vêtements pliés et repassés
 
Y'a des détails qui trompent pas
J'crois qu'y a une fille qu'habite chez moi!
 
Deux brosses à dents dans la salle de bain
Du savon sans savon et le sèche-cheveux
C'est certainement pas le mien
Des petites boules bizarres
Pour parfumer la baignoire
C'est un vrai cauchemar :
Quelqu'un a massacré tous mes amis cafards!
 
Dans la cuisine des sachets de thé,
De verveine, de camomille
Un message sur le répondeur d'une mère
Qu'est pas la mienne
V'là qu'elle s'en prend à ma famille!
 
Y'a des détails qui trompent pas
 
Quelqu'un en traître a fait la vaiselle
Où sont mes habitudes, mon ménage trimestriel?
J'ouvre le frigo horreur, mais c'est d'la folie!
Y'a plein de légumes!
Aah, y'a même des fruits!!
 
Y'a des détails qui trompent pas
J'crois qu'ya une fille qu'habite chez moi!
 
Où sont mes potes qui glandaient devant la télé
Les boîtes de pizza, les paquets de chips éventrés
Les mégots de cigarettes écrasés dans les assiettes
Ma collection de Newlook? aux oubliettes!
 
Dans la table de nuit y'a plus de capotes mais de l'aspirine
Y'a une fille qu'habite chez moi
Y'a aussi des bougies contre l'odeur de la nicotine
Y'a une fille qu'habite chez moi!
 
Y'a des détails qui trompent pas
 
Y'a un vrai rideau y'a plus un drap cloué sur la fenêtre
Qu'est ce que c'est que ça mon Dieu, mais c'est une plante verte!
L'aspirateur est encore chaud
C'est trop je porte plainte!
Je vais l'emmener au labo
Pour vérifier les empreintes
 
On dirait que je suis plus célibataire
La coupable je la tiens
Elle est devant moi, l'étau se resserre
Accrochée au téléphone assise en tailleur
Dans une jolie robe à fleur
Une fille me dit "Arrête ton cinéma
Et le loyer je le paye autant que toi!"
 
Benabar - Y'a une fille qui habite chez moi
 
Photo 1 of 11
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