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December 14 Indignation J'en parle tellement peu que je me suis vu dans l'obligation de me créer une rubrique "Cinéma"! Mais je ne peux contenir ce cri qui sourd en moi...
L'objet dont je veux vous entretenir n'est pas si récent que ça (il y a deux ans qu'il est sorti, si je ne m'abuse), mais je viens tout juste de le visionner. Je veux vous parler d'un monument cinématographique : Garfield, le film.
Rien que le titre, déjà ça fait peur.
Je suis un grand admirateur de Garfield, mais plutôt des strips originaux de Jim Davis que de ses produits dérivés. Adulateur de chat de profession, je trouve que Garfield en est une caricature (quoique pas toujours, il faut dire) très bien brossée. Cynique, ventru, fainéant comme (un chat?) pas deux, gourmand, sournois, exécrant les chiens, câlin quand il le veut, exploiteur patenté de la personne chez qui il vit (un certain Jon Arbuckle, en l'occurrence) et j'en passe, bref : tout ce que j'aime chez un chat! (excepté la démarche féline, qui lui fait souvent défaut). Ses traits d'esprits me font rire aux éclats, les situations que tout possesseur de chat aura reconnu sont très bien mises en scène et les aléas rencontrés à longueur de journée par la gent féline ne nous ont jamais paru aussi familiers...
Cette introduction était nécessaire pour que vous, ami lecteur, compreniez mon courroux.
Lorsque la nouvelle d'un film à l'effigie de mon animal favori s'est profilé à l'horizon, j'ai immédiatement émis des réserves (je me méfie des adaptations de bandes dessinées, a fortiori si je les aime bien à l'origine) mais n'étais pas contre le principe de voir ce que cela pourrait donner.
Puis j'ai appris que le personnage avait été complètement dénaturé, et ça m'a fichu un choc. Mais bon, l'animation n'avait pas l'air trop moche, l'acteur qui incarne Jon est vraiment bien choisi, et bien sûr Liz se voit interprétée par une fort jolie actrice (attention : je n'ai pas dit qu'elle avait du talent!). Au final, cette adaptation était destinée aux enfants et, excusez-moi, mais je ne pense pas que Garfield soit accessible aux enfants. De par sa subtilité (si, il y en a) et la méchanceté dont fait preuve le personnage principal (le chat), il faut à mon avis attendre de grandir un peu pour apprécier pleinement notre animal à poil roux de quinze kilos.
J'ai eu l'occasion de voir ce film suite à un concours de circonstances. Tout bête, en plus. C'est juste que je ne savais pas quoi regarder. J'ai donc décidé (sur un coup de tête, je sais pas je devais être bourré) de me procurer cette oeuvre cinématographique incontournable qu'est Garfield : le film, afin de me rendre compte par moi-même du degré d'affliction auquel je pouvais me laisser aller.
Eh ben j'ai pas été déçu côté affliction.
Garfield est le premier personnage que l'on voit, avec Jon. Jusque-là pas de surprise : Garfield en animation c'est obligé, et Jon joue très bien : on n'a même pas l'impression (enfin pas trop) qu'il parle à du vide. (certaines mauvaises langue diront qu'il a le même jeu avec la vétérinaire, et elles n'auront certainement pas tort). Et puis on se rend compe, au fur et à mesure de l'avancée du film, que l'animation comporte quelques bugs. J'entends par là que l'image a été incrustée sans prendre énormément soin de l'environnement dans lequel le personnage est censé évolué. Cela reste du boulot, je le reconnais. Mais je m'attendais à mieux, même dans un film pour les chiards. (j'ai peut-être trop vu de Pixar?)
Et, soudain, Odie entre en scène. Je ne l'avais pas reconnu! Autre erreur : Pourquoi Garfield est-il le seul personnage animé du film? Tout ça parce que le film en question porte son nom? Quoi qu'il en soit, je trouve que cela dénote beaucoup trop.
Un autre aspect horripilant : Garfield n'est pas si méchant que ça, au final (ce qui montre bien que la BD n'est pas pour les enfants, CQFD). Et Odie, même s'il paraît bien sot, ne l'est pas tant qu'il devrait être. Ne parlons même pas de Nermal, qui ne sert absolument à rien. (et puis pourquoi un siamois, d'abord? Nermal n'a rien d'un siamois, à part sa "personnalité", enfin sa "félinité").
Passons maintenant au crible les acteurs du genre humain. Le monsieur pas-assez-connu-pour-que-je-retienne-son-nom qui joue Jon joue très bien. C'est un fait. L'ennui, c'est que son personnage n'est PAS Jon. Pas assez niais, pas assez maladroit, pas assez loser. Et Liz! Mais ce n'est pas Liz! Le personnage de la BD est froid, regarde Jon comme s'il était une chaussette dont la date limite de fraîcheur était largement dépassée, ne sourit pas, ne s'habille pas pour se mettre en valeur et ne cherche pas le moins du monde à être désirable. Or le personnage incarné par Jennifer L. Hewitt fait tout le contraire. Elle s'avère même entreprenante! C'est pour dire. Elle a rien compris au délire.
Le comique des strips est également généré par les nombreuses ellipses. En trois ou sept cases, il n'y a matériellement pas la place pour insérer un plan-séquence qui permettrait de montrer une action dans son ensemble. Au début du film nous voyons Garfield éteindre le réveil (doucement!!! sans l'écraser d'un coup de poing!
Les dialogues ne sont pas fins non plus. Je veux bien que ce soit pour des mômes mais quand même!!! Garfield a heureusement quelques bonnes répliques (il n'aurait plus manqué que ça!)... Mais globalement, il n'y a que lui qui parle! Le problème? Il n'y en aurait pas eu si Garfield avait été Garfield. Mais ce Garfield-ci est assez horripilant. Les dialogues des acteurs humains sont vides (qui a dit "et y'a pas que les dialogues!"?), et l'intrigue n'a d'autre utilité que d'aligner des images insipides les unes derrière les autres.
Le pire de tout, je crois, sont les chansons. Garfield est triste (!) d'avoir été détrôné par un chien (on le serait à moins, me direz-vous) et d'être par conséquent obligé de dormir dehors. Odie, compatissant, cherche à le consoler, mais Garfield joue les romantiques (au sens littéraire du terme) et préfère rester seul et dormir sur le paillasson. En outre, Jon préfère Odie à Garfield dans un premier temps (bon, on le comprend, pour les beaux yeux de Liz...) et délaisse ce dernier. Mais il en est hors de question! Surtout que, dans mon souvenir, je n'ai jamais vu Odie chez la vétérinaire...
En conclusion, je dirais que le mot qui me vient le plus rapidement est inepte. Le second, presque ex aequo : insipide. Ca manque de sel et on reste sur sa faim, pour filer la métaphore culinaire.
Pour ne pas finir en ne disant que du mal de cette oeuvre (au sens d'ouvrage) cinématographique, je vous conseille une chose : regardez-le en québécois. C'est ce qui m'a aidé à tenir. Rien que l'accent est suffisamment poilant pour ne pas décrocher!
Question ouverte à tous ceux qui voudraient y répondre : si ce film a été fait pour ne pas froisser les enfants quant aux relations chat-chien, pourquoi ne pas avoir adapté Snoopy? Il n'y a pas de chat dans Snoopy, il n'y a qu'un oiseau, et en plus on comprend rien quand il communique.
Honte au réalisateur. Vous avez dénaturé le personnage de Garfield plus qu'il n'était permis, et c'est avec un sentiment mitigé que je replonge le nez dans mes volumes reliés : comment vous, monsieur Davis, avez-vous pu laisser faire ça? On vous a menacé? Avec une arme à feu? On a enlevé votre famille? On a torturé vos gosses? Ou, pire, vous en avez eu un? A moins qu'on ne vous ait payé très cher... Toujours est-il que vous avez baissé de quelques degrés dans mon estime. Mais rassurez-vous : je suis un être affable, je vous pardonne. L'appât du gain, je me doute de ce que cela doit être, et même un artiste peut être corrompu.
PS : J'attendrai avant de visionner Garfield 2 : A tail of two kitties... |
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